Corinne Vera
Psychothérapie à Avignon
 
 

Le transitionnel - Corinne Vera , Cabinet de psychosomatique relationnelle et Psychanalyse Intégrative Avignon Bollène (84) et Ligne

 

"L'illusion primordiale est celle qui se met en place si la relation de soin prodigués par la mère sont "suffisamment bons". Ce qui signifie qu'aussi bien au niveau des activités d'autoconservation qu'au niveau des besoins psychiques premiers, la mère doit maintenir l'illusion première de l'enfant d'être à l'origine de sa propre satisfaction, d'être le créateur de ce qu'il trouve ou de ce qui lui est reflété dans ou par son environnement. La première relation que le bébé entretient avec la mère des origines est, dit Winnicott, "impitoyable", c'est à dire qu'elle ne reconnaît pas le droit à l'objet d'exister comme autre sujet. L'objet premier doit pouvoir être "utilisable" à merci, à l'avenant des besoins physiques, psychiques et relationnels du bébé. Ce n'est que très progressivement que l'objet pourra faire valoir ses droits à des désirs qui ne concernent pas le bébé à proprement parler, qu'il pourra se montrer différent sujet autre, indépendant "

(R.Roussillon, Le transitionnel, le sexuel et la réflexivité, Dunod, 2008, p.36, p.17).

 

 

 "Winnicott exprime cette problématique subjective première dans une formule paradoxale, il précise que les soins et relations premières doivent être trouvées/créées. Ce qui signifie aussi que le bébé à l'illusion de créer ce qu'il trouve, que ce soit bon ou mauvais. C'est à dire que, pour le bébé doit s'établir une certaine "indécidabilité" de l'origine de ce à quoi il est confronté, que c'est sur ce fond que la question de l'origine est première et nécessaire aux futurs déploiements de la question de l'origine.(;...). D.Stern par exemple mettra en évidence les "systèmes d'accordages" qui se mettent en place entre l'enfant et sa mère quand la relation est suffisamment bonne. Il mettra en évidence que les gestes, les mimiques, les postures du bébé et de la mère s'accordent, s'ajustent et se répondent, sans doute en large partie inconsciemment chez les deux protagonistes , et que cet accordage est nécessaire pour qu'une communication de bonne facture puisse s'établir dans la rencontre première, pour qu'elle s'organise en une forme de conversation corporelle. Ainsi les réponses premières de la mère aux mouvements et état affectif et pulsionnel de son enfant se comportent-elles comme une espèce de "miroir" premier de l'être, ce que Winnicott avait tôt perçu. L'observation directe confirme les intuitions et les observations psychanalytiques de Winnicott, elles permettent de comprendre comment le trouvé/crée se met en place et se maintient, il résulte du travail d'accordage, aussi bine esthétique (cf R.Roussillon, La dépendance primitive et l'homosexualité primaire " en double", Revue Française de Psychanalyse, LXVIII, n°2, 421-439, PUF, 2004) qu'affectif, de la première enfance. Mais on peut aussi penser que ces conditions sont aussi celles de la création d'un attachement suffisamment sécurisé (p.18). (...) Dès lors on peut comprendre toute l'importance de la transitionnalité qui s'établit entre mère et bébé, c'est un système anti traumatique qui évite de placer l'enfant devant un dilemme qu'il ne peut traiter : ceci est-il de mon fait ou celui de l'autre? Il est cliniquement observable (cf S.Fraiberg, Mécanismes de défenses pathologiques au cours de la première enfance, Devenir, 1, vol. 5, 1993, p.7-29) que l'enfant se trouve confronté à cette question, son seul, ou plutôt son premier recours est la pulsion masochiste-narcissique, c'est à dire qu'il tend à s'attribuer l'origine de l'action ou du processus, dans une première forme de processus précoce d' "identification à l'agresseur" ou de tentative de maîtrise. C'est ainsi que se fixe, quand les soins sont mal adaptés ou inadéquats, ou encore quand la fonction pare-excitante de l'environnement est défaillante, un noyau de culpabilité primaire, un noyau de mal-être, l'enfant se sentant encore à l'origine de ce qui dysfonctionne. La question dès lors se trouve posée de savoir quand et comment  se produit la capacité du sujet à clairement différencier ce qui vient de lui et ce qui vient de l'autre, ce qui ressort de l'environnement. On peut sans doute proposer comme cela é été le cas, qu'un bon indice de cette question est fourni par l'apparition chez l'enfant de signes d'auto-reconnaissance de lui-même, du moins peut-on penser qu'alors il a potentiellement les moyens de reconnaître son moi du non moi, minimum nécessaire pour attribuer correctement les évènements. Après Wallon, Lacan et Zazzo (Reflets de miroir et autre doubles, Paris, PUF, 1993), et la transcription du "stade du miroir", on pourrait penser que l'enfant, se "reconnaissant" dans un miroir possède une représentation d'une image de lui à l'aide de laquelle il commence à lui être possible de reconnaître sa part propre et celle de l'autre, vers dix-huit mois donc. Sami Ali, reprenant la question de la reconnaissance de l'enfant dans le miroir, a pu montrer que celle-ci était précédée de toute une organisation dans laquelle l'enfant commence à se sentir, avant de reconnaitre son image dans le miroir, même s'il ne peut reconnaître cette image que pour autant que sa subjectivité ait pu commencer à se structurer autour du corps senti. Sans doute la capacité de se sentir séparé de l'environnement commence t-elle à se produire dès les deux tiers de la première année au moment où s'instaure ce que M.Klein appelle "position dépressive. Cela est congruent avec l'apparition de l'angoisse de l'étranger" décrite par R.Spitz, qui signale la reconnaissance de la mère comme d'une personne à nulle autre pareille".

(R.Roussillon, Le transitionnel, le sexuel et la réflexivité, Dunod, 2008, p.36p.19 et 20).

 

 

"Tous les objets investis, de l'objet autistique à l'objet médium-malléable, en passant par l'objet fétiche et l'objet transitionnel, tous doivent s'évaluer et évaluer leur fonction à l'aune de leur capacité auto-subjectivante et de leur potentialité à indicier ou représenter la représentation et l'activité représentative comme processus de subjectivation. Tous, des plus "archaiques" aux plus sophistiqués, prennent leur sens dans la valeur singulière qu'ils tentent de conférer à la subjectivité et à la différenciation moi/non-moi, et pour les plus élaborés d'entre eux, à l'étayage de cette différenciation sur la représentation de la représentation. Tous héritent et tentent d'accueillir l'héritage de ce qui s'est "construit" ou de ce qui a pris naissance avec l'autre-sujet et qui tente de se transférer et de se reprendre avec eux. Cette proposition implique une conséquence, l'objet investit, du plus rudimentaire au plus symboliquement achevé, peut servir d'analyseur à ce qui a pu se ressaisir et s'approprier de la rencontre avec l'objet d'attachement premier, voire des caractéristiques relationnelles de celui-ci. Il porte ces caractéristiques en plein, il porte la trace de ce qui a eu lieu, ou il porte les caractéristiques en négatif, il présentifie "perceptivement", il répète inlassablement ce qui n'a pas pu trouver à s'inscrire symboliquement. (...). La relation avec les objets inanimés nous renseigne sur l'histoire de la rencontre avec les premiers objets humains investis, elle nous renseigne sur la relation du sujet à lui-même, sur le niveau de conscience qu'il a de lui et de son monde interne, elle nous renseigne sur la manière dont il symbolise l'activité représentative. C'est sur cette base qu'il me semble possible de poursuivre une clinique transitionnelle de l'objet". 

(R.Roussillon, Le transitionnel, le sexuel et la réflexivité, Dunod 2008, p.48 et 49).

 

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