Corinne Vera
Psychothérapie à Avignon
 
 

Les enveloppes psychiques


"La qualité d'enveloppe n'est envisageable, à proprement parler, que par étayage sur l'expérience du Moi-Peau. Je souscris sur ce point aux indications données par D.Anzieu (1985,p.103) : Le Moi-Peau est une surface psychique qui relie entre elles les sensations de diverses natures et qui les fait ressortir comme figure sur ce  fond originaire qu'est l'enveloppe tactile : c'est la fonction d'intersensorialité du Moi-Peau, qui aboutit à la constitution d'un "sens commun" (le sensorium commune de la philosophie médiévale), dont la référence de base se fait toujours au toucher. A cette carence de cette fonction répondent l'angoisse de morcellement du corps, plus précisément celle de démantèlement (Meltzer, 1975), c'est à dire d'un fonctionnement indépendant, anarchique, des divers organes de sens"

(E.Lecourt in D. Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p. 236)

 

 

"Le modèle de l'enveloppe psychique est développée par Didier Anzieu. "La limite qui est une catégorie organisatrice fondamentale de l'espace ne sera plus analogiquement assimilée à la peau, sa texture et sa fonction d'enveloppe. L'enveloppe psychique devient un concept qui permet de découvrir et d'explorer les phénomènes d'interface (p. 8)."..."Ce qui est premier au niveau de la construction de l'espace et par là même de l'appareil psychique c'est la construction d'une limite"..."L'enveloppe psychique devient ainsi une limite non fermée contrairement à la peau (...). Elle a une fonction supplémentaire , elle permet de filtrer puis de différencier monde interne et monde externe, objet animés et inanimés. (...) Elle apparait aussi à partir de l'utilisation d'objets frontières qui sont le support de projections, et dont les caractéristiques formelles ont également un pouvoir organisateur sur l'appareil psychique (...) Le plus ancien et le plus connu est l'objet transitionnel repris ensuite comme phénomène transitionnel par D.W. Winnicott

(Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.9)

 

 

Le Moi Peau est un concept défini par Didier Anzieu qui correspond à une expérience de limite corporelle et tactile du corps, perçu comme un "espace fermé par une limite assimilable à une peau psychique différenciant deux espaces topologiquement séparés avec à l'intérieur l'espace psychique dans lequel vivent en ordre ou en désordre des contenus psychiques, des représentations : affects cognitions, pensées. Au dehors, nous trouvons le monde, physique, naturel, mais aussi d'autres individus que le sujet, ainsi que la réalité culturelle. Si l'on s'en tient à l'analogie de la peau pour décrire la limite, l'enveloppe psychique peut-être assimilée à une membrane souple qui dans une première fonction différencie les domaines du dedans et du dehors tout en permettant des échanges entre ces espaces. (...). Elle permet de fonctionner dans un certain ordre rassurant dans lequel la réalité psychique de l'individu est située dedans et celle de l'autre dehors, fonctionnant avec une logique comparable, mais aussi de reconnaître et de différencier le monde naturel du monde humain. Ce modèle est celui avec lequel nous fonctionnons la plupart du temps. Il peut nous représenter un conflit, en offrant la possibilité de maintenir les tensions à l'extérieur du moi, tout en investissant la relation à l'autre et le monde naturel".

(Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.6)

 

"Ces repères permettent de maintenir une cohérence. Suivant les tensions, le sujet peut avoir l'impression de se vider progressivement ou brutalement et de ne plus avoir de représentations. Il lui reste alors à rechercher des sensations qui peuvent se lier à des mises en actes e prenant appui sur des drogues licites ou illicites, qui, par leur effet, donnent la sensation fugace et souvent hédoniste d'une identité cohérente"

(Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.6).

 

 

"Que se passe t-il lorsque cette limite se rigidifie, ou lorsqu'elle se déchire? Peut-on fonctionner sans limites? Est ce que ces ruptures peuvent avoir des conséquences pathologiques? Du point de vue de la cohérence du sujet, toute atteinte de l'enveloppe risque d'entraver une confusion entre monde psychique et monde naturel (...). Inversement, le monde externe peut déferler et envahir l'espace psychique, affects et cognitions sont indifférenciées : dedans et dehors, objets et contenus psychiques deviennent équivalents. Le monde externe, le paysage, devient l'ultime forme contenant l'appareil psychique en train de se désagréger. (...) Le bruit de vagues, la nuit, est celui de la nuit même; et combien l'ont entendus retentir au fond de leur âme; tel l'espoir qui se brise perpétuellement dans l'obscurité, avec un bruit sourd d'écume résonnant dans les profondeurs"

(Fernando Pesso, Le Livre de l'intranquilité, 1982, tr.fr. Bernardo Soarès, Paris, Christian Bourgois, 1992 in Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.6 à 7).

 

 

"Le modèle de l'enveloppe psychique permet ainsi de décrire des états instables et des transformations que l'on trouve dans des moments de crise dans lesquelles le sujet se sent menacé de perdre son identité."

(Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.7)

 


"Il est essentiel de construire ou de maintenir une différence entre le psychisme du sujet et ce qui l'en sépare. Lorsque cette différenciation est menacée, dans une crise psychique très intense ou dans un effondrement dépressif, cela peut se traduire, en terme de représentation de l'appareil psychique, uns disparition des limites. Cela occasionne un état de chaos lorsque l'angoisse est intense ou par une incapacité à lier affect et cognition dans un état dépressif. Le sujet évolue ainsi dans un mode vide de sens. Du point de vue de la pratique clinique, que ce soit dans le cadre du bilan ou celui de la psychothérapie psychodynamique, il est essentiel avant tout d'aider le sujet à remettre de l'ordre dans les représentations ou dans la capacité à lier celles-ci. Ce réaménagement de l'enveloppe psychique sera le support de cette reconstruction progressive.

On est amené ainsi à à proposer des situations dans lesquelles des objets concrets vont être amenés à susciter un fonctionnement mental propre à reconstruire à travers les phénomènes d'interface une limite qui servira de support à la signification du fonctionnement psychique. Ces objets peuvent avoir différentes origines et varient suivant la perspective dans laquelle ils sont utilisés"

(Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.11)

 


"L'enveloppe psychique devient ainsi un concept qui permet de découvrir et d'explorer les phénomènes d'interface. (...). Elle devient ainsi le support, le lieu de passage entre les différents phénomènes, elle a une fonction supplémentaire, elle permet de filtrer puis de différencier le monde interne et monde externe, objets animés et inanimés".  (...) Comment ce phénomène est-il possible? (...) Elle se crée d'abord à partir du contact peau à peau (...). Elle apparait aussi à partir de l'utilisation d'objets frontières qui sont le support de projections, et dont les caractéristiques formelles ont également un pouvoir organisateur sur l'appareil psychique. Ils sont utilisés spontanément par les enfants et les adultes en dehors de l'observation des psychologues. Le plus ancien et le plus connu est l'objet transitionnel repris ensuite comme phénomène transitionnel par D.W. Winnicott". (...)

On ne peut comprendre qu'un objet puisse être à la fois dedans et dehors sauf s'il est placé à la frontière de deux domaines. A ce moment une face de l'objet est tournée vers le dedans, une autre vers le dehors (en ce sens on peut parler d'une structure en double feuillet de l'enveloppe. C'est la construction de cet objet, puis son utilisation qui va capter et situer le phénomène interface, opérateur de la mise en correspondance des différentes domaines psychiques, mais aussi culturels et naturels.(...). Ces objets "émergent spontanément d'une part de l'expérience médiatisée du corps à corps mais aussi dans des expériences projectives et psychothérapeutiques dans lesquels un matériel graphique ou un objet concret sert de médiateur relationnel " 

(Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000,​​​​​​​ p.9 à 10)

 

 

"Dans la clinique, "On est amené à proposer ainsi des situations dans lesquelles des objets concrets vont être amenés à susciter un fonctionnement mental propre à reconstruire une limite qui servira de support à la signification du fonctionnement psychique. Ces objets peuvent avoir différentes origines et varient suivant la perspective dans laquelle ils sont utilisés".


(Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.11)

 

 

"Tout comme le geste graphique dans le Squiggle proposé par Winnicott, qui "permet de situer une limite tout en proposant un lien avec les espaces", "le but de ce type d'approche est de faire naître et vivre une interface représentant une figuration de l'enveloppe psychique (...). Ce travail de mise en forme d'une carte de l'appareil psychique a un effet contenant. Il transforme progressivement des affects envahissants et douloureux en une représentation iconique s'organisant autour d'une limite, l'enveloppe psychique ; celle-ci situe des territoires, et permet de mettre en place (par la parole) de nouvelles correspondances entre celles - ci. Ces psychothérapies dont la dimension temporelle limitée ne permettent pas toutefois un réaménagement approfondi du sujet : elles aident à surmonter des crises vitales dans un temps donné".

(Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.12)

 

  L'exemple du bain sonore : l'enveloppe musicale

" En 1959, René Spitz forgeait le concept de cavité primitive ou de "cavité orale" pour désigner l'expérience de l'intérieur de la bouche dans le rapport au sein, expérience globale dans laquelle se trouve encore indistincts le toucher, le goût, l'odorat, la douleur, la température, comme aussi les comportements actifs-passifs, l'absorption, la contention, l'excrétion et le rejet". (E.Lecourt in D. Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.224 à 226)

 

              

 

 

         

 

             

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"La notion de bain sonore introduit quelque chose qui n'est pas propre au sonore, mais plutôt à la cénesthésie, l'apesanteur, que j'associe pour ma part à la musique.(...). On se sent porté, transporté, bercé ou dansant, dans un mouvement sans prise sur le réel, "gratuit", pour le plaisir, que je rapproche des gesticulations du nourrison porté, des qualités du holding (Winnicott, 1971). (...). A ce stade, "l'enveloppe sonore" de la mère, c'est à dire sa faculté de mentaliser son vécu sonore (sous les formes verbale et musicale), constitue pour le nourrisson un premier pare-excitation".

 (E.Lecourt in D. Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p. 224 à 226) 

 

 

"C'est l'intégration combinée du son et du silence, réalisée par les codes verbal et musical,

constitue une protection généralement efficace contre leurs dimensions traumatiques (intrusion, trou, rupture, pour le son, trou, rupture, béance, pour le silence) et persécutive"

(E.Lecourt in D. Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p. 236)

 

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